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Comment découvrir une héroïne qui nous ressemble

Photo du rédacteur: Félix Morin
Félix Morin
12 août
5 min de lecture

Il arrive qu’on ferme un livre avec une drôle de sensation dans la poitrine. Pas parce que l’héroïne nous ressemble en tout point, mais parce qu’elle a nommé, par ses gestes ou ses silences, quelque chose qu’on n’avait pas réussi à dire. Comment découvrir une héroïne qui nous ressemble, alors? Pas en cherchant un miroir parfait. Plutôt en trouvant une présence fictive qui reconnaît une part de nous, même dans l’ombre.

Une héroïne peut vivre dans une ville qui n’est pas la nôtre, porter un costume impossible ou posséder un pouvoir qui dépasse l’entendement. Pourtant, sa peur d’être abandonnée, sa rage devant l’injustice ou sa difficulté à faire confiance peuvent nous être terriblement familières. C’est là que la fiction cesse d’être une fuite. Elle devient un endroit où l’on respire autrement.

Une ressemblance qui ne se voit pas toujours

On a longtemps associé l’identification à une question d’apparence, d’âge ou de parcours. Ces choses comptent. Se voir dans un récit quand on s’est rarement vu à l’intérieur de ses pages peut être une expérience profonde, presque réparatrice. Mais la ressemblance la plus durable se loge souvent ailleurs.

Elle peut se cacher dans une façon de trop réfléchir avant de parler. Dans le réflexe de faire rire les autres pour éviter qu’ils voient qu’on va mal. Dans cette impression de porter un deuil, une colère ou une responsabilité qui nous dépasse. Une héroïne nous ressemble lorsqu’elle traverse le monde avec une blessure dont on comprend la langue.

Cela veut aussi dire qu’une héroïne peut nous ressembler sans nous rassurer. Elle peut prendre de mauvaises décisions, repousser les personnes qui l’aiment, vouloir sauver tout le monde parce qu’elle ne sait pas comment se sauver elle-même. Cette part-là est parfois inconfortable. Elle est aussi précieuse, parce qu’elle refuse de réduire les filles et les jeunes femmes à des modèles irréprochables.

Partir de ce qui vous suit déjà

Pour trouver le personnage qui vous attend, commencez moins par les genres que par les émotions qui reviennent dans votre vie. Qu’est-ce qui vous reste dans la tête après une journée difficile? La peur de décevoir? Le sentiment d’être à côté du groupe? La colère quand quelqu’un minimise ce que vous ressentez? Le besoin de recommencer après avoir perdu quelque chose ou quelqu’un?

Ces questions ne sont pas là pour vous enfermer dans une étiquette. Elles servent à repérer les récits capables de vous rejoindre. Une personne qui se sent constamment responsable des autres pourrait être touchée par une héroïne qui porte le poids d’un pouvoir trop grand. Quelqu’un qui essaie de comprendre sa place dans une famille compliquée pourrait trouver refuge auprès d’un personnage qui apprend à aimer sans se dissoudre.

Le fantastique est particulièrement généreux pour cela. Un pouvoir peut donner une forme visible à une réalité intérieure. Contrôler le feu peut parler d’une colère qu’on craint de laisser sortir. Voyager dans le temps peut traduire le désir de réparer ce qui ne peut plus l’être. Voir les liens émotionnels entre les gens peut devenir une manière de raconter ce que coûte le fait de tout ressentir.

Il ne faut pas exiger qu’une histoire soit littéralement votre histoire pour qu’elle vous atteigne. Parfois, c’est justement la distance du merveilleux qui permet d’approcher une douleur réelle sans avoir à la regarder de face.

Chercher des héroïnes qui ont le droit d’être humaines

Les personnages les plus marquants ne sont pas ceux qui gagnent toujours. Ce sont ceux dont les victoires ont un prix, ceux qui doutent, échouent et recommencent avec des mains pas tout à fait guéries. Une héroïne qui nous ressemble n’est pas nécessairement puissante parce qu’elle est invincible. Elle l’est parce qu’elle continue d’avancer alors qu’elle ne sait pas encore comment survivre au sien.

Quand vous choisissez votre prochaine lecture, regardez ce que le résumé laisse entendre sur son monde intérieur. Est-ce que l’héroïne a des relations qui comptent vraiment? Est-ce que ses choix auront des conséquences? Est-ce qu’elle peut être bouleversée sans que le récit la traite comme fragile ou excessive?

Les histoires qui abordent le deuil, l’anxiété, la solitude ou les conflits familiaux méritent une attention particulière si elles le font avec délicatesse. La douleur n’a pas besoin d’être embellie pour être belle dans un roman. Elle a besoin d’être reconnue. Il y a une différence entre faire souffrir un personnage pour créer du drame et lui laisser l’espace d’exister dans toute sa complexité.

Cela dépend aussi de ce dont vous avez besoin en ce moment. Si vous traversez une période lourde, vous ne voudrez peut-être pas lire une héroïne qui vit exactement la même tempête. Vous aurez peut-être plutôt besoin d’une fille qui trouve une famille choisie, d’une guerrière qui apprend à demander de l’aide, ou d’un récit lumineux où le danger n’efface jamais la possibilité de la joie.

Laissez une place à l’inattendu

On peut être surprise par la personne fictive qui nous reconnaît. Peut-être ne vous êtes-vous jamais imaginé vous attacher à une voleuse, à une élève brillante et froide, à une fille qui vient d’une autre planète ou à une héroïne qui commet l’impardonnable. Et puis une phrase surgit. Un geste vous arrête. Vous comprenez qu’elle connaît, elle aussi, cette manière de se tenir au bord de soi.

C’est pourquoi il vaut la peine de sortir un peu de ses habitudes. Si vous lisez toujours des romances, essayez un récit de science-fiction émotionnelle. Si les superhéros vous semblent trop loin de la vraie vie, cherchez ceux dont les pouvoirs compliquent les relations au lieu de seulement faire exploser des immeubles. Si vous aimez les personnages très proches de vous, donnez une chance à une héroïne dont les différences vous demandent un effort d’écoute.

La ressemblance n’est pas toujours immédiate. Certains personnages nous restent d’abord étrangers, puis deviennent familiers au fil des chapitres. Ils nous apprennent quelque chose sur une expérience qu’on ne partage pas entièrement. Cette rencontre-là n’est pas moins intime. Elle élargit le cœur au lieu de seulement le refléter.

Lire avec ce qui résonne, pas avec ce qui impressionne

Il y a des livres dont tout le monde parle et qui ne nous font rien. Ce n’est pas un échec de lecture. Une héroïne n’a pas à devenir votre héroïne parce qu’elle est populaire, admirable ou parfaitement écrite selon les autres. Votre connexion avec elle peut être discrète, presque secrète.

Après une lecture, prenez quelques minutes pour remarquer ce qui demeure. Une scène vous revient-elle sans cesse? Avez-vous eu envie de défendre le personnage, même lorsqu’elle vous agaçait? Avez-vous ressenti du soulagement quand elle a enfin dit non, demandé pardon ou accepté qu’elle ne pouvait pas tout réparer?

Vous pouvez noter ces fragments dans un carnet, sur votre téléphone ou dans la marge de votre mémoire. Avec le temps, des motifs apparaîtront. Peut-être êtes-vous attiré par les héroïnes qui transforment leur culpabilité en courage. Peut-être recherchez-vous celles qui réapprennent à faire confiance. Peut-être que ce qui vous touche le plus, ce sont les personnages qui découvrent que leur sensibilité n’est pas une faiblesse, mais une façon de percevoir les fils invisibles qui relient les gens.

Comment découvrir une héroïne qui nous ressemble sans se perdre en elle

S’identifier à une héroïne peut faire du bien, mais elle n’est pas une prescription. Vous n’avez pas à reproduire ses choix, à supporter ses blessures avec la même endurance, ni à faire de votre souffrance une grande histoire pour qu’elle mérite d’être entendue. Les romans peuvent accompagner une reconstruction, pas la faire à votre place.

Une héroïne qui vous ressemble peut aussi vous montrer une direction plutôt qu’un portrait. Elle peut posséder le courage que vous n’avez pas encore trouvé, la douceur que vous aimeriez vous offrir, ou la permission de changer d’idée. Dans ce cas, la reconnaissance ne vient pas de ce que vous êtes déjà. Elle vient de ce que vous sentez possible.

C’est peut-être cela, au fond, la plus belle rencontre de lecture: tomber sur une fille fictive qui n’efface pas votre solitude, mais qui la rend un peu moins muette. Elle ne vous demande pas d’être extraordinaire. Elle vous rappelle seulement que même les destins fissurés peuvent encore tisser des liens, demander de l’aide et choisir, un jour à la fois, de continuer.

 
 
 

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